23/11/2008

Dans la boucherie, les quartiers de viandes sont pendus à des crochets métalliques et du grillage fait office de fenêtre. Sadakhan vient chercher de quoi nourrir sa famille pour la fin de semaine et discute avec le boucher de la situation de leur village, Char Asiab.

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Heureusement, c’est calme ici et sécurisé. Mais juste à côté il y a des combats, remarque Sadakhan, portant la barbe longue et coquettement teinte au henné. Et vers le Sud, la situation est pire encore.

Il pointe du doigt la route goudronnée qui traverse le marché, en direction de la province voisine du Logar, à quelques kilomètres. Les vendeurs des échoppes installées le long de la chaussée regardent passer taxis, camions, hommes à moto en espérant un client.

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Le village de Char Asiab est une des portes d’entrée dans la province de Kaboul, à une vingtaine de kilomètres en périphérie de la capitale afghane. Depuis un an, les habitants du village voient les attaques d’insurgés se multiplier autour d’eux. Les voitures de police circulent autour du village, les hélicoptères afghans survolent les habitations très bas pour ne pas faire des cibles trop faciles… On sent dans Char Asiab la tension des zones combats toutes proches…

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Dans les districts voisins, il y a des Taliban, à un ou deux kilomètres d’ici, raconte le Capitaine Momen, commandant une section de l’armée nationale afghane. Il sourit derrière ses lunettes de soleil et pointe du doigt les collines environnantes. Les Taliban se cachent dans les montagnes, les villages voisins et le soir ils sortent et vont parfois faire leur publicité auprès des gens. Ils ont augmenté leurs activités comparé à l’année dernière... Les insurgés gagnent du terrain et se rapprochent de la capitale afghane.

A la sortie de Char Asiab, les taxis s’arrêtent et font le plein à la dernière station essence de la province de Kaboul. L’endroit idéal, encore sécurisé, avant de prendre une route où les checks-points de criminels sont quotidiens, le rançonnement des passagers devenu la norme.

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Kandara, fabricant de brique regardent passer les voitures de l’intérieur de la maison de thé et remarque : oui, les Taliban sont ici, mais ils n’ont fait de mal à personne jusqu’à présent. Il faut que le gouvernement afghan négocie avec eux, parce que ce sont les fils de notre pays. S’ils prennent le village, nous les laisserons faire. Nous sommes trop fatigués pour combattre.

Manière de dire, que si les habitants doivent soutenir discrètement une des parties engagées dans le conflit, ce ne sera pas celle du gouvernemnt afghan et des forces étrangères.

 

Stratégie de l’insurrection?

Pourtant, même si les insurgés commencent clairement à encercler Kaboul, à être bien plus actifs dans toutes les provinces voisines depuis un an, leur stratégie n’est pas de prendre la capitale afghane. Ils n’en ont pas les moyens et le savent bien.

Nous ne voulons pas prendre Kaboul. Nous voulons montrer que nous sommes présents et faire une démonstration de force au gouvernement afghan et aux forces d’occuption jusqu’à ce qu’elles quittent notre pays, explique par téléphone Zabiullah Mudjahed, le très éduqué porte-parole de l’insurrection Talibane pour le Nord afghan.

Dans les zones vraiment froides, nous allons diminuer le combat cet hiver, mais pas dans Kaboul, bien au contraire…

25/10/2008

Reportage dans la province de Kunduz, dans le Nord de l’Afghanistan, une zone considérée encore tout récemment calme, mais où les Allemands ont perdu deux soldats le 20 Octobre dans une attaque suicide. Sur place, on se rend compte que la population porte de moins en moins le gouvernement afghan dans son coeur. Illustration avec le fonctionnement de la Justice.

Pendant la guerre, Mohamed Amin et HAji Ahmad Khan son père ont quitté l’Afghanistan. A leur retour, ils ont eu la surprise de découvrir sur la propriété familiale, des maisons en construction. Ils sont en procès aujourd’hui pour récupérer leurs terres mais la Justice ne leur donne pas raison.

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Haji Ahmad Khan: J’ai cet acte de propriété. Vous voyez le timbre officiel de la Cour Suprême. Et le chef de la Cour Suprême, je l’ai appelé et je lui ai demandé pourquoi il ne donnait pas son verdict. Et le juge m’a dit qu’il avait été menacé. On lui a dit que s’il passait ce jugement, ça ne serait pas bon pour lui.

Des propos inquiétants qui témoignent de l’état du système judiciaire afghan. Direction la Cour de Justice de Kunduz. Ici, on reçoit plusieurs centaines de personnes par jour.

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La majorité des litiges concerne des propriétés, des terrains, des accès à l’eau pour irriguer les champs. Après 30 ans de guerre, les documents légaux se font rares et il est difficile de dire qui possède quoi. Conséquence : les vols se sont multipliés.

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Mohamad Nahim: un grand nombre de terres a été pris à la population par des gens puissants et c’est pourquoi il y a tant de conflits, de dossiers qui ne sont jamais résolus. Quand une personne influente est d’un côté d’un cas, le bénéfice décline toujours vers ce côté. Et s’il y a un cas avec des documents légaux, si le juge ne peut rien faire, il font juste traîner le dossier.

L’inefficacité de la Justice n’est clairement pas le seul problème. La corruption aussi : les hommes qui ont de l’autorité, du pouvoir ou de l’argent passent au-dessus des lois. Morad Ali, le chef de la Cour de Justice est d’ailleurs le premier à le reconnaître.

 

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Vous n’avez pas entendu l’autre jour ? Un fils de parlementaire a commis un viol… Mais il est en liberté parce que c’est le fils d’un Parlementaire. Et les seigneurs de guerre aussi, dans leurs zones, ont beaucoup de pouvoir. En fait, ils font ce qu’ils veulent…

 

La première cause de violence en Afghanistan n’est pas le conflit entre forces gouvernementales, étrangères et insurgés Taliban. Ce sont les disputes locales qui tournent souvent au drame. Une mère de famille a accepter de témoigner mais pour sa sécurité et celle de ses proches, aucun lieu ne doit être reconnaissable, aucun visage filmé. L’anonymat le plus complet.justice-2.1224941031.jpg

Ils ont attaché les jambes et les bras de mon mari, l’ont enfermé dans la salle de bain et on bloqué la porte. Un des hommes est ensuite monté à l’étage et les autres sont allés vers ma fille. Ils sont allés vers elle et ont fait leur travail. Je l’entendais crier et pleurer.

La mère n’arrive pas à dire le mot : viol. Le viol de sa fille de 8 ans, qui est assise à ses côtés dans la pièce. Deux semaines plus tard, les coupables sont connus mais ils sont en liberté.

L’un d’eux s’est échappé du bureau du procureur et l’autre blessé par la police s’est enfui de l’hôpital. Ces personnes se sont enfuies… Enfuies ! Et qui est en train de les chercher ? Personne…

 

L’Afghanistan est classé parmi les dix pays les plus corrompus au monde…

A la prison de Kunduz, on patiente. Les quelque 400 personnes en détention ici attendent la visite d’un avocat, une date de procès, un verdict. Souvent depuis plus d’un an. Dans l’aile réservée aux femmes, Narges vit avec deux de ses sept enfants. Elle y a été enfermée il y a 6 mois.

 

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Narges, prisonnière. Prison de Kunduz: je suis en prison parce que je n’ai pas d’argent. Je n’avais pas d’argent pour payer le procureur et le gouvernement et me voilà en prison. C’est l’argent qui compte. Quand vous avez l’argent, c’est bon, vous allez gagner sur tous les terrains. Mais sans argent, vous vous couchez.

Quand on demande à Abdul Kaim, le directeur de la prison, si des innocents peuvent être enfermé ici, sa réponse est explicite:

rien n’est très clair pour nous. Vous connaissez le pays : il y a eu 30 ans de guerre et beaucoup de rivalités entre factions et entre tribus. Et ce genre d’histoires est évidemment probable. Mais ce n’est pas notre travail, à nous, d’aller enquêter sur la situation des prisonniers.

 

Corruption, chantages, crimes impunis… Les obstacles à la reconstruction de l’Afghanistan semblent démesurés. Face aux défaillance du système judiciaire, une question se pose aujourd’hui : les autorités afghanes se donnent-elles vraiment les moyens de faire appliquer les lois ?

16/09/2008

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combat-7.1221554513.jpgIl existe aujourd’hui des mots plus appropriés aujourd’hui que celui de “Taliban”: il serait plus juste de parler d’”opposition armée”, ou d’”insurgés”. Certains même utilisent le mot très connoté (entendu de la bouche d’un soldat français) de “résistants”.

Les Taliban eux-mêmes ne parlent pas tellement de “Taliban”, ou seulement pour décrire l’ensemble des combattants présents dans le pays. Les Afghans qui combattent les forces étrangères en Afghanistan se nomment Mudjahiddin (ceux qui font la guerre sainte), Fedayin (ceux qui sont prêts à mourir) ou Esticha’adin (ceux qui meurent en martyrs). Le mot Taleb (sing: étudiant en religion) n’a plus de sens: aujourd’hui en Afghanistan, l’opposition armée regroupe différents hommes, qui n’ont pas forcément les mêmes croyances, la même pratique de l’Islam, les mêmes buts ou les mêmes valeurs, mais qui se sont regroupés face à un ennemi commun: les forces étrangères et le gouvernement afghan qui les soutient.

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Haji Mollah, insurgé (ci-dessus):

Pendant la guerre contre les Soviétiques, j’ai du quitter le pays pour le Pakistan à pied, il n’y avait pas de voiture. Et la terre coincée dans ma poche, la terre de mon pays, je l’ai gardée tout l’hiver. Quand je suis revenue au printemps, je l’ai redéposée en Afghanistan. Ecoutez, tout le monde aime son pays, tout le monde aime la liberté et voir son pays se développer. Mais le monde ne nous laisse pas avoir tout ça.

Nationalisme?
Nous avons passé beaucoup de temps, avec les hommes que je rencontrais pour la deuxième fois, à discuter de politique internationale, de la position des autorités françaises, américaines et du point de vue de la population qui a élue ces gouvernements. Ils sont intimement persuadés d’être victimes d’une invasion, de combattre une armée d’occupation qui maltraite la population afghane.

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Commandant Abu Tayeb, insurgé:

Ils (les étrangers) se disent Démocrates, disent respecter les droits de l’homme. Vous pensez que c’est le cas ? Ils ont tué 90 civils en un seul endroit, 50 dans un autre. Ils ont bombardé un mariage. Pourquoi ont-ils fait ça ? Nous ne sommes pas irrespectueux comme ça avec notre Nation.

Il y a autre chose aussi : pourquoi essaient-ils de changer les gouvernements de tous les pays? Nous avons une expression pachtoune : chasse les voleurs de ta maison, mais ne les chasse pas plus loin que ta porte. Quand ils vont dans un pays, ils prennent le pouvoir politique et on a vraiment l’impression qu’ils ne s’intéressent à notre pays que pour l’occuper.

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Le commandant qui nous a accueilli a sous ses ordres des combattants très différents les uns des autres. Haji Mollah a trente ans d’expérience de combat: il a lutté contre les Russes et le gouvernement afghan pro-soviétique, puis aux côtés des Taliban dns la guerre civile et depuis 2001 contre les forces étrangères. Hafiz a 20 ans et combat seulement depuis 3 ans. Akbar a pris les armes dans les années 90, pour lutter aux côtés des Taliban contre les différentes factions se déchirant dans le pays…

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Séance de nettoyage des armes avant de partir en opération. Evidemment, ils restent très secrets sur le lieu, les plans ou les circonstances de leur attaque.

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Séance de test des armes gros calibres et petite démonstration évidemment pour la caméra.

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Départ au combat: info de dernière minute, nous pouvons les accompagner. On apprend sur les lieux que les hommes vont attaquer un poste de contrôle de la police afghane.

On vous dira plus tard de quel endroit le combat va commencer, quelle sera votre position et ce que vous devrez pas faire. Pas maintenant.
Qu’elle ne s’inquiéte pas. Ils ne sont pas capables d’attaquer, ils sont en position défensive. Rien ne lui arrivera, à moins qu’une balle vienne vers elle.
Nous, Musulmans, croyons ceci : si l’heure de ta mort est venue, on ne peut rien y faire. On ne peut pas gagner une seconde. Vous devriez y croire aussi.

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Les bruits de tirs, d’explosions résonnent autour de nous. Une roquette nous passe au-dessus de la tête…

Regardez:

http://www.france24.com/fr/20080912-reporters-afghanistan-taliban-combat-attaque-insurges-kaboul-wardak-coalition-france

Mise au point:

Le but d’un reportage avec les insurgés n’est pas de “faire de la propagande”, “collaborer à une entreprise terroriste” ou encore “trahir la France”, comme j’ai pu douloureusement l’entendre dire. C’est au contraire de prouver que les Français (et d’autres) se sont battus avec raison pour la liberté de la presse et la liberté d’expression.

L’objectif est de montrer les diverses facettes d’un conflit complexe. Partir avec les différentes parties engagées permet de mieux comprendre  la situation et de la présenter de façon beaucoup plus juste au public. Comme l’Otan, comme les forces américaines, comme les forces françaises, comme le gouvernement afghan, comme l’armée afghane, comme la police afghane, comme la population, comme les seigneurs de guerre, les insurgés ont un message à faire passer et leur vérité à défendre. N’importe quelle personne rencontrée par un journaliste a des raisons très personnelles pour s’exprimer. Le travail du journaliste est de rapporter tous les propos. Le travail du journaliste est de montrer que l’Afghanistan n’est pas en guerre depuis le 18 août mais depuis bien plus longtemps.

Arbakaï, guerriers tribaux.

Mohamad Akbar Hakmal a pris les armes quand des paramilitaires pakistanais sont entrés en territoire afghan. Il a défendu la frontière afghane avec deux cents hommes après la mort de tous les policiers afghans au poste de contrôle. Mais il n’est pourtant ni policier, ni soldat, ni milicien. C’est un Arbakaï : un guerrier tribal afghan. Dans la vallée de Jaji, province de Paktya, ils sont entre 5 et 8000 à assurer la sécurité.

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Toi, tu prends cette position. Vous les garçons : là-haut ! Vous avez compris ? Un par là. Allez, montez !
Les Arbakaï s’entraînent dans un terrain qu’ils peuvent parcourir les yeux fermés. Ce sont leurs montagnes et ils y combattu les Britanniques, les Russes et les Pakistanais. Les Arbakaï sont les combattants protecteurs de la tribu et on leur enseigne l’art de la guerre dès la naissance.

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Dans notre culture, quand un garçon naît, on tire en l’air, explique Haji Abdul Ghafoor. Et ensuite on arme le fusil aux oreilles du garçon, il entend le clic du fusil et il découvre le bruit des armes. L’enfant naît avec une arme dans les mains.

A 16 ans, l’adolescent peut devenir Arbakaï… Les habitants de la vallée de Jaji suivent une tradition vieille du Moyen-âge. Deux ou trois hommes par famille sont recrutés et doivent ensuite répondre à l’appel de la tribu si les chefs estiment la vallée menacée.

Petite série de citations intéressantes:

On choisi les hommes très courageux, ceux qui n’ont pas peur de mourir. Quand on part au combat, même si on n’a pas de nourriture pendant une semaine, nous devons rester au front.

Nous sommes de nature différente, nous avons une sorte de folie. Si un homme quitte le combat, celui qui est en arrière lui tirera dessus.
Quand nous sommes attaqués, les Arbakaï sont réunis au son du tambour de guerre et nous partons au combat.

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Les Arbakaï ont donné leur vote au Président Hamid Karzaï et soutiennent son autorité. En échange, le gouvernement afghan les laisse garder leurs armes et assurer la sécurité de la vallée. Mais il n’a de toute façon pas tellement le choix parce que les autorités afghanes ne peuvent pas perdre le soutien de milliers de combattants.

Chaque gouvernement est responsable de la sécurité de son territoire et de sa population, remarque Mohamad Akbar Hakmal. Mais comme notre gouvernement est jeune, il est très faible en ce qui concerne la sécurité. Ici, sans les Arbaky, le gouvernement ne pourrait rien faire et il en est bien conscient.

Une entente fragile aujourd’hui remise en question. La pauvreté, le chômage et la corruption attisent les rancoeurs et il est possible, si la population ne voit pas d’amélioration dans son quotidien, que les tambours de guerre résonnent de nouveau dans la vallée, mais cette fois contre le gouvernement afghan.

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11/09/2008

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Voici l’entrée de la vallée d’Uzbin, plus précisemment la route pour aller à Spir Kundi, là où dix soldats français ont été tués le 18 Juillet. Nous sommes à l’extrême Est de la province de Kaboul. Quelques jours après l’attaque, on voit encore des troupes françaises en sortir: la tension est évidente: visages masqués, armes sorties, pointées sur la route.

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Mohamad Amanullah, policier.
C’est dangereux là-bas. Très… Plus on s’approche, plus il y a du danger. Parce-qu’il y a des Taliban. Il y aussi beaucoup de combats entre eux et les soldats français.

Il est trop risqué de s’y rendre et il a été très difficile, depuis l’attaque, de savoir ce qu’il se passe vraiment dans la zone. Les troupes françaises disent avoir tué 80 Taliban. Mais le mot Taliban que nous utilisons tous aujourd’hui est un fourre-tout qui définit mal les combattants auxquels font face les forces étrangères et afghanes. Après être revenus à Surobi à plusieurs reprises, après avoir parlé à des témoins des combats, des officiels afghans, des soldats français et des “Taliban”, une chose a été confirmée: les assaillants étaient des Taliban locaux, des hommes du Hez-e-Islami (une faction qui, pendant la guerre civile, combattait les Taliban), des anciens mudjahiddin (alliés au commandant Massoud) et des villageois. Tous, se sont associés pour attaquer les soldats français. La lutte semble, depuis un an, prendre un tournant nationaliste. Et, une des raisons, avec la criminalité, la corruption, la pauvreté, l’incurie du gouvernement afghan est l’augmentation des victimes civiles des combats.

Direction l’hôpital le plus proche, dans la province voisine du Laghman. Une semaine durant, après la mort des soldats français, on y a reçu des civils victimes des combats auxquels ont participé les Français. Une vingtaine d’Afghans et d’Afghanes d’un même village, situé à une dizaine de kilomètres de la vallée d’Uzbin s’y sont fait soigner.

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Tous les patients ici ont été victimes de bombardements, raconte le médecin en chef Asadullah Raouf. Il y a des hommes, des femmes et des enfants. La majorité a été blessée par des éclats de shrapnels, de métaux, pas par des balles.

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Les hélicoptères sont arrivés et ont tiré sur notre maison, raconte Habibi, une jeune femme au pied et poignet bandés, tâchés de sang séché. Ma fille aussi a été blessée. Pensez-vous que nous ressemblons à des guerriers? 

Depuis le début de l’année, plus de 900 civils ont été tués dans les combats entre insurgés et forces afghanes et étrangères. Ce bilan approximatif ne fait qu’augmenter de façon exponentielle, tout comme la rage de la population afghane. Et les rangs de l’opposition armée grandissent: les villageois aussi prennent les armes.

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